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novembre 2006

De Schopenhauer et de l'écriture sur Internet

Les blogs sont des discussions. Voilà un axiome généralement admis qui se vérifie fréquemment.
Quel rapport avec Schopenhauer ? La lecture de son texte "L'art d'avoir toujours raison" (1830-1831) est indispensable, au moins, a qui veut suivre le fil des commentaires d'un blog, voire y participer. Dans ce texte, l'auteur dresse la liste de 38 stratagèmes qui permettent de prendre l'avantage dans une discussion.
Ces 38 stratagèmes, pris un à un, sont fréquemment utilisés dans les discussions en ligne. En voici quelques exemples : exagérer, jouer sur les mots, généraliser, cacher son jeu, affirmer péremptoirement, noyer le poisson, susciter la colère de l'adversaire, brouiller les pistes, trouver une exception, ridiculiser, faire diversion, injurier... L'objectif est simple : qu'importe le moyen, l'essentiel est d'avoir raison. Qu'importe également la vérité, l'essentiel étant de gagner la partie.
C'est en réfléchissant à l'écriture sur les blogs que m'est venue l'idée de me plonger dans les théories de la conversation. Je commence juste mon défrichage. Mais, là où l'on considère qu'écrire est généralement du domaine de la rhétorique, il m'apparait qu'il devrait plus, sur le web tel qu'il existe aujourd'hui, être question de dialectique. Oui, c'est un peu barbare dit comme ça, mais ce changement d'angle me parait capital pour comprendre, par exemple, ce qui fait qu'un blog "marche" ou "ne marche pas".
Ecrire "réthoriquement", c'est s'attacher aux méthode d'écriture (utiliser tel type de vocabulaire, tel type de phrase, tel type de plan). C'est important, mais cela ne suffit pas pour répondre aux enjeux d'un web (2.0 ?) qui est avant tout une conversation, avec ses liens, ses commentaires et ses trackbacks.
Ecrire "dialectiquement", c'est, éthymologiquement, se référer à "l'art du dialogue", par opposition à "l'art du discours". Comment écrire pour provoquer le dialogue, y participer, l'orienter, provoquer les réactions et les réponses... et, au final, avoir raison, ou changer d'avis selon la tournure des événements. Autant de questions qu'il faut aborder.
Ecrire pour le web, ce n'est donc pas seulement connaître les postures adéquates, mais savoir se placer dans un discours continu, y prendre sa place.
On pourra suivre les techniques de Schopenhauer, ce que font la plupart des gens sans le savoir. Ou alors, se tourner vers Pascal, et son "Art de persuader". Lequel dit :

"Cet art que j'appelle l'art de persuader, et qui n'est proprement que la conduite des preuves méthodiques parfaites consiste en trois parties essentielles: à définir les termes dont on doit se servir par des définitions claires; à proposer des principes ou axiomes évidents pour prouver la chose dont il s'agit; et à substituer toujours mentalement dans la démonstration les définitions à la place des définis.

La raison de cette méthode est évidente, puisqu'il serait inutile de proposer ce qu'on peut prouver et d'en entreprendre la démonstration, si on n'avait auparavant défini clairement tous les termes qui ne sont pas intelligibles; et qu'il faut de même que la démonstration soit précédée de la demande des principes évidents qui y sont nécessaires, car si l'on n'assure le fondement on ne peut assurer l'édifice; et qu'il faut enfin en démontrant substituer mentalement la définition a la place des définis, puisque autrement on pourrait abuser des divers sens qui se rencontrent dans les termes. Il est facile de voir qu'en observant cette méthode on est sûr de convaincre, puisque, les termes étant tous entendus et parfaitement exempts d'équivoques par les définitions, et les principes étant accordés, si dans la démonstration on substitue toujours mentalement les définitions à la place des définis, la force invincible des conséquences ne peut manquer d'avoir tout son effet.
[...]

Règles pour les définitions. ‹ I. N'entreprendre de définir aucune des choses tellement connues d'elles-mêmes, qu'on n'ait point de termes plus clairs pour les expliquer. 2. N'omettre aucun des termes un peu obscurs ou équivoques, sans définition. 3. N'employer dans la définition des termes que des mots parfaitement connus, ou déjà expliqués.

Règles pour les axiomes. ‹ I. N'omettre aucun des principes nécessaires sans avoir demandé si on l'accorde, quelque clair et évident qu'il puisse être. 2. Ne demander en axiomes que des choses parfaitement évidentes d'elles-mêmes.

Règles pour les démonstrations. ‹ I. N'entreprendre de démontrer aucune des choses qui sont tellement évidentes d'elles mêmes qu'on n'ait rien de plus clair pour les prouver. 2. Prouver toutes les propositions un peu obscures, et n'employer à leur preuve que des axiomes très évidents, ou des propositions déjà accordées ou démontrées. 3. Substituer toujours mentalement les définitions à la place des définis, pour ne pas se tromper par l'équivoque des termes que les définitions ont restreints »

Pas folichon, mais constructif.
J'entrevois là, entre ces deux attitudes, qui ne datent pas d'hier, des pistes intéressantes en matière d'écriture pour le Web. L'écriture 2.0 est dialectique ou elle n'est pas, en tout cas.

Bon, je continue de défricher dans cette direction, et je vous tiens au courant, le cas échéant.

Malin, à Laval il avala Nilam

Vous savez ce qu'est un palindrome ? Un texte qui peut se lire dans les deux sens. Créer un palindrome n'est pas un exercice facile. Il faut, à la main, une certaine dose de concentration. Mais l'informatique est toujours là pour vous aider, heureusement. A noter, donc, l'existence d'un vérificateur de palindromes en ligne. Celui-ci est malin, puisqu'il souligne même les erreurs dans les textes qui en contiendraient.
Reste à savoir qui est Nilam, et qui l'avala à Laval...

Pilon

"Les ventes de votre ouvrage sont aujourd'hui devenues trop faibles pour que nous puissions conserver l'intégralité du stock. Par conséquent, nous référant à l'article de votre contrat prévu dans ce cas, nous vous informons que nous serons amenés à détruire une partie des exemplaires en notre possession, et ce d'ici à la fin de l'année.
Le stock conservé sera de 200 exemplaires."

C'est une lettre type, reçue aujourd'hui. Un livre qui retourne d'où il était venu, sans, peut-être, avoir trouvé tous ses lecteurs.
Petit pincement au coeur, forcément.

200 exemplaires... Un collector, maintenant, donc.

Si vous hésitiez à l'acheter, en tout cas, c'est le moment ou jamais. A ce rythme là, on ne peut pas garantir qu'il y en aura pour tout le monde...

Mais bon, honnêtement, ça a vieilli depuis 2003... D'aucuns m'auront dit à quel point ils l'ont trouvé intéressant, d'autres seront restés sur leur faim, certains l'auront trouvé trop technique, ou alors trop simple, car des retours de lecteurs, il y en a eu. Des bons et des moins bons. Et c'est fini, maintenant.

En route vers d'autres projets !

Le plombier de Bloglines

J'utilise Bloglines pour lire mes fils RSS. C'est assez commun. Pas de quoi en faire une histoire. Généralement, ça marche très bien. Sauf là, maintenant. Et en guise d'excuses et/ou de message d'erreur, j'ai ça :
Bloglines
Et, ça, c'est drôlement bien. Pas forcément gentil pour les plombiers, mais bien. Parce que, du coup, j'accepte de bon coeur le dysfonctionnement.
Ce n'est pas pour dire, mais si tous les sites géraient leurs pannes avec ce degré d'autodérision, ce ne serait pas plus mal.

Pas le temps

Jusqu'à il n'y a pas si longtemps, tout allait bien. Je furetais, je m'arretais ça et là, je suivais des liens, je fouinais, je me plongeais de temps à autre dans une page, dans un article. Je papillonais en diagonale sur un texte, en Z sur un paragraphe, mot à mot sur une phrase, trois fois en rond sur une pépite. Je suivais un chemin plus ou moins chaotique, je roulais ma bosse, j'emmaganisais des références et des citations, des adresses et du contenu.
J'étais bien.
Je lisais un titre et deux paragraphes, je sautais à la page suivante et je bifurquais. Je creusais et suivais des chemins balisés. Je fermais des fenêtres et j'ouvrais des perspectives.
Je thésaurisais et j'oubliais instantanément l'inutile. Un mot appelait à lui seul une nouvelle requête, une requête des résultats, les résultats des possibilités.
J'étais, en un mot, dans le texte.

Et me voilà prostré devant mon écran comme devant la télévision. Les oreilles sous perfusion de son. Le flot est continu, se déverse, je subis. Je cherche la télécommande. J'attends la fin de l'émission pour passer à autre chose.

Et je regrette... Mais, franchement, le texte, c'est tout de même plus riche, plus vivant. C'est une matière à prendre à bras le corps.

Et j'ai un peu peur... Avec ces débits qui ne cessent de s'améliorer, est-ce que nous serons encore quelques uns dans dix ans, dans vingt ans, à lire et à écrire. Ou faudra-t-il tout filmer et regarder d'un bout à l'autre ?

Premier anniversaire du Rouennais

Je fêtais, nous fêtions, hier, le premier anniversaire du Rouennais. Une bien belle soirée, avouons le, plus un petit reportage sympa sur une webtv locale.
Plein de rencontres : que de bonnes choses. Et une rubrique spéciale sur Le Rouennais : Le Rouennais, c'est vous. Le blog était ouvert pendant trois jours à ses lecteurs.